Critique : Resident Evil 5
La saga Resident Evil, c’est avant tout l’histoire de deux révolutions. Celle de 1996 (sortie du premier épisode sur PSone) pour avoir démocratisé le genre du survival-horror, puis celle de 2005 (Resident Evil 4 sur GameCube) pour avoir redéfini les codes de la série. Le reste – soit une quinzaine d’épisodes de qualité inégale – ne fait que suivre les tendances de ces deux œuvres majeures avec plus ou moins de succès ou, pire, exploite la licence de manière abusive. Resident Evil 5 fait parti du reste, à savoir une suite sans génie, copie efficace mais parfois maladroite de son prédécesseur. Car en quatre ans, les attentes du joueur – certainement rehaussées par la puissance de la next gen, le dynamisme d’un Gears of War et la finition d’un Dead Space – sont immenses et ne sauraient être assouvies par la classique efficacité de ce nouveau volet.Deux de tension
Abordons d’emblée le point le plus délicat de cet épisode : sa jouabilité vieillissante. Impossible de se déplacer en braquant son arme. Chris Redfield, qui réalise pourtant de merveilleuses acrobaties en cinématiques, doit toujours marquer un temps d’arrêt pour viser. Il ne peut pas s’accroupir, sauter, ou réellement sprinter non plus. Une jouabilité lourde comme ficelle de l’horreur – la lenteur fait de vous une proie bien facile – est un choix discutable qui fera débat en 2009 mais qui semble parfaitement assumé ici. Pour preuve, même l’inventaire se gère en temps réel sans qu’un stick analogique soit disponible pour se déplacer. Ce contrôle peut être rédhibitoire et ce n’est qu’averti de cette fatalité qu’on pourra s’essayer au jeu sans mauvaise surprise et profiter d’une coopération efficace et inédite avec la superbe Sheva Alomar. Ce soldat à l’allure féline (l’une des plus belles héroïnes avec Lara Croft) éblouit par sa beauté et, sauf cas exceptionnels, sera d’un grand soutien tout au long de l’aventure. Concrètement, elle utilise correctement les armes qu’on lui donne (à vous de gérer son inventaire et d’échanger des items avec elle en temps réel) et n’hésitera pas à utiliser spray et herbes pour vous soigner. Elle n’hésite pas non plus à distribuer coups de genou et coups de pieds retournés au bon moment puisqu’à l’instar de RE 4, un monstre sonné peut être frappé au corps à corps. D’une manière générale, avoir Sheva à ses côtés est un réel plaisir – exception faite de quelques passages – d’autant plus que la modélisation des personnages fait preuve d’un réel souci du détail.
Sans surprises

Globalement, Resident Evil 5 est une réussite graphique. Les animations des différents ennemis, des simples citoyens contaminés aux immenses boss répugnants en passant par les autochtones cachés derrière leurs boucliers, sont d’une fluidité exemplaire. L’impact des coups est d’ailleurs formidablement bien rendu. Le bémol question réalisation provient d’un manque de renouveau et d’inventivité flagrant concernant les environnements et les situations rencontrées. Très diversifiés au sein des six chapitres, ils inspirent malheureusement une impression de déjà-vu. Le début pose pourtant une ambiance atypique et profondément dérangeante avec ces citoyens qui tabassent une pauvre victime puis vous dévisagent de leur regard haineux, sans vous attaquer, lorsque vous passez à côté, le tout sous un soleil de plomb aveuglant. Mais la suite n’est (pratiquement) qu’une ressassée de lieux sombres maintes fois visités dans une carrière de joueur. Marécages, entrepôts, souterrains… le dépaysement cède le pas à la facilité, avec cette incessante impression de suivre des couloirs prédéfinis. Casser des cruches, actionner des leviers, tourner des manivelles ou prendre certains boss à revers sont des codes ancestraux du jeu vidéo, qui fonctionnent encore mais deviennent réellement poussiéreux. Heureusement, le jeu offre quelques surprises (course poursuite contre des zombies chevauchant des motos, séquences de snipe…) et affrontements dantesques qui, sans laisser de souvenirs impérissables, suffiront à rendre l’action intense face à une menace toujours plus démesurée. Mais le manque d’inspiration générale avec des références à peine cachées à des jeux comme Lost Planet, Devil May Cry, Tomb Raider ou tout simplement RE 4, font du tort à ce Resident Evil 5 qui épanche notre soif d’action sans émoustiller nos sens.
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